Délibérations du conseil municipal, actes d’état civil, pièces de marchés publics, dossiers d’urbanisme : la majorité des documents produits par une collectivité naissent aujourd’hui directement au format numérique. Mais produire un document électronique ne suffit pas à le conserver dans les règles.
Entre obligations réglementaires, contrôle de l’État et exigences de valeur probante, l’archivage électronique est devenu un enjeu de conformité à part entière pour les communes, les EPCI et l’ensemble des acteurs publics.
👉 Ce guide fait le point sur le cadre applicable, les durées de conservation, le fonctionnement d’un système d’archivage électronique (SAE) et les différentes voies possibles pour s’y conformer.
Archivage électronique dans une collectivité : de quoi parle-t-on ?
💡 L’archivage électronique d’une collectivité territoriale consiste à conserver ses documents numériques dans des conditions qui garantissent leur intégrité, leur traçabilité et leur lisibilité pendant toute leur durée de conservation légale, tout en préservant leur valeur probante c’est-à-dire leur capacité à servir de preuve en cas de contrôle ou de contentieux.
Un statut d’archives publiques qui s’applique aussi au numérique
Tous les documents produits ou reçus par une collectivité dans le cadre de son activité sont des archives publiques, et le sont dès leur création. À ce titre, ils sont inaliénables et imprescriptibles : ils ne peuvent être ni vendus, ni détruits librement (Code du patrimoine, article L. 211-1).
| Point essentiel |
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| Ce statut ne dépend pas du support. Un fichier bureautique, un PDF signé électroniquement ou une base de données ont exactement la même qualité d’archives publiques qu’un registre papier.
Concrètement, cela signifie qu’un document numérique ne peut pas davantage être supprimé sur simple décision interne : toute élimination reste soumise au visa préalable du directeur des Archives départementales. |
Numériser et ranger sur le serveur commun, est-ce archiver ?
C’est la confusion la plus fréquente en collectivité : déposer ses fichiers sur le serveur partagé ou dans une arborescence bureautique, ou les sauvegarder, ne constitue pas un archivage.
Une sauvegarde protège contre la perte de données, mais ne garantit ni l’intégrité dans le temps, ni la traçabilité, ni la pérennité exigées d’une archive.
Ainsi, une GED (gestion électronique de documents) sert à gérer le document vivant, au quotidien, tandis qu’un SAE (système d’archivage électronique) le conserve à valeur probante sur le long terme.
Les deux outils sont complémentaires, mais ne se substituent pas l’un à l’autre, un détail que nous approfondissons dans notre FAQ dédiée à la différence entre un SAE et une GED.
Quelles obligations pour les collectivités territoriales ?
Une collectivité n’a pas seulement intérêt à archiver ses documents numériques : elle y est tenue, dans un cadre précis qui engage la responsabilité de son exécutif et s’exerce sous le contrôle de l’État.
Qui est responsable des archives d’une commune ?
Le maire (ou le président de l’EPCI) est responsable des archives de sa collectivité, civilement et pénalement. La conservation des archives relève de son autorité, sous le contrôle scientifique et technique de l’État (Code du patrimoine, art. L. 212-6), et les frais de conservation constituent une dépense obligatoire inscrite au budget de la collectivité.
Cette responsabilité s’étend aux archives numériques comme aux archives papier : les atteintes portées à des documents conservés dans un service d’archives (destruction, dégradation, détournement) sont pénalement sanctionnées.
Le contrôle scientifique et technique de l’État
Les collectivités gèrent leurs archives, mais ne le font pas seules ni sans contrôle. Les Archives départementales, au nom du Service interministériel des archives de France (SIAF), exercent un contrôle scientifique et technique sur l’ensemble des archives publiques du département. Ce contrôle a des effets très concrets sur la gestion quotidienne :
- Aucune élimination de document ne peut intervenir sans le visa du directeur des Archives départementales, formalisé par un bordereau d’élimination ;
- Toute externalisation d’archives publiques auprès d’un tiers est encadrée et donne lieu à un contrôle du contrat par les Archives départementales ;
- Les Archives départementales conseillent les collectivités sur le classement, la conservation et la communication de leurs fonds.
Autrement dit, le numérique ne fait pas sortir la collectivité du cadre archivistique : il s’y inscrit pleinement.
Le récolement, en particulier au changement de mandature
Le récolement est l’opération qui consiste à dresser l’état des lieux des archives d’une collectivité (un inventaire de ce qui existe et de son état).
Il est obligatoire à chaque renouvellement de l’exécutif : un procès-verbal de décharge et de prise en charge doit être établi à chaque changement de maire ou de président, en application de l’arrêté interministériel du 31 décembre 1926. Il matérialise le transfert de responsabilité entre l’équipe sortante et l’équipe entrante et, depuis la généralisation de la dématérialisation, il intègre désormais explicitement un volet dédié aux archives numériques.
Le récolement est aussi, en pratique, le meilleur point de départ d’un projet d’archivage électronique : on ne peut décider quoi conserver, trier ou verser qu’après avoir recensé ce que l’on détient.

Le cadre normatif et réglementaire à connaître pour l’archivage électronique d’une CT
Au-delà des textes propres aux archives publiques, l’archivage électronique d’une collectivité mobilise un ensemble de références réglementaires et normatives :
- Le Code du patrimoine et le Code général des collectivités territoriales (CGCT), qui fixent le statut et les obligations de conservation ;
- Le RGPD, dès lors que les documents contiennent des données personnelles (état civil, RH, action sociale…) ;
- La norme NF Z 42-013, référentiel de l’archivage électronique à valeur probante (transposée au niveau international sous la référence ISO 14641), et la certification NF 461 qui atteste de la conformité d’un système d’archivage électronique à cette norme ;
- Les référentiels RGS (sécurité) et RGI (interopérabilité), ainsi que la norme ISO 27001 pour la sécurité de l’information.
Nous reviendrons plus loin sur le rôle exact de la norme NF Z 42-013 et de la valeur probante.
Discutons de votre projet documentaire
Combien de temps une collectivité doit-elle conserver ses documents ?
Il n’existe pas une durée unique. Chaque document possède une durée d’utilité administrative (DUA) : la période pendant laquelle il conserve un intérêt pour la collectivité et doit être conservé comme archive intermédiaire. À l’issue de la DUA, un sort final est appliqué (élimination ou conservation définitive).
Les trois âges de l’archive administrative
Le droit distingue trois stades dans la vie d’un document, qui structurent toute la gestion documentaire (Code du patrimoine, art. R. 212-10 à R. 212-12) :
| Stade |
Définition |
Où / comment |
| Archives courantes |
Documents d’utilisation habituelle pour l’activité des services |
Conservées par le service producteur |
| Archives intermédiaires |
Documents qui ne sont plus d’usage courant mais gardent un intérêt administratif (pendant la DUA) |
Conservées par le service, ou déposées / externalisées |
| Archives définitives |
Documents conservés sans limitation de durée pour leur intérêt patrimonial |
Versées dans un service public d’archives (Archives départementales) |
DUA, sort final et bordereau d’élimination
À l’expiration de la DUA, la collectivité décide du sort final de chaque type de document, selon le tableau de gestion établi avec les Archives départementales. Deux issues sont possibles : le versement comme archive définitive ou l’élimination. Cette dernière n’est jamais libre : elle suppose la rédaction d’un bordereau d’élimination soumis au visa du directeur des Archives départementales, seul habilité à autoriser une destruction d’archives publiques.
Un exemple concret et fréquent, celui des marchés publics : les durées de conservation sont en règle générale de 5 ans pour les documents liés à la passation et de 10 ans pour ceux liés à l’exécution du marché, conformément au référentiel du Service interministériel des archives de France (2021) et au Code de la commande publique (art. R. 2184-12).
Pour les autres typologies (délibérations, état civil, urbanisme, comptabilité, ressources humaines…), les durées et sorts finaux sont fixés par les tableaux de gestion officiels. Xelians met à disposition un guide pratique des durées de conservation qui recense les principales durées applicables.
Cas particulier des communes de moins de 2 000 habitants
Les communes de moins de 2 000 habitants sont soumises à une obligation de dépôt de leurs archives définitives aux Archives départementales : à l’expiration d’un délai de 120 ans pour les registres d’état civil et de 50 ans pour les autres documents n’ayant plus d’utilité administrative et destinés à être conservés définitivement (Code du patrimoine, art. L. 212-11).
Ces seuils ont été abaissés par la loi du 7 juillet 2016 : de nombreux documents mentionnent encore les anciens délais (150 et 100 ans), désormais caducs. Une dérogation reste possible, sur autorisation du préfet, pour les communes en mesure d’assurer une bonne conservation sur place.
| Bon à savoir |
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| Par exception, les archives numériques peuvent être déposées aux Archives départementales avant l’expiration de leur durée d’utilité administrative, une souplesse utile pour les petites collectivités qui n’ont pas les moyens de conserver durablement leurs fichiers. |
Le SAE, pièce maîtresse de l’archivage électronique d’une collectivité
Un système d’archivage électronique (SAE) est l’outil qui permet à une collectivité de conserver ses documents numériques à valeur probante. Ce n’est ni un simple espace de stockage, ni une GED : c’est un ensemble cohérent associant une infrastructure technique, un logiciel d’archivage et des règles de gestion archivistique, dont la fonction est de garantir l’intégrité, la traçabilité, la pérennité et la lisibilité des documents tout au long de leur conservation.
Concrètement, un SAE assure des fonctions qu’aucun serveur de fichiers ne remplit :
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L’intégrité : chaque document est scellé (empreinte numérique) de sorte que toute altération soit détectable. |
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La traçabilité : chaque opération (versement, consultation, migration, élimination) est journalisée dans une piste d’audit. |
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La pérennité : les formats sont contrôlés et, si besoin, convertis vers des formats pérennes pour rester lisibles dans le temps. |
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La conservation des métadonnées : décrivant chaque document et son contexte de production. |
SAE et valeur probante : ce que dit la loi
👉 L’enjeu d’un SAE n’est pas seulement technique : il est juridique. Un document numérique n’a de valeur de preuve que si son authenticité et son intégrité sont garanties, et c’est précisément ce que sécurise un archivage conforme.
Le droit distingue deux situations, qu’il ne faut pas confondre :